Faire de la muscu pourrait bien vous rendre plus riche
Article VEP #10
En 2026, les « Vieilles en puissance », reprennent du service avec une série d’articles consacrés aux sujets qui nous tiennent à cœur : les femmes et l’argent, l’âgisme, le travail, la culture et l’art. Et celui que vous vous apprêtez à lire est déjà notre dixième ! 🎊
La question peut sembler curieuse. Qu’est-ce que les muscles ont à voir avec l’argent ? Ou si lien il y a, c’est parce que les riches ont des ressources et du temps pour faire du sport, donc sont plus musclés, voilà. Pourtant, la question n’est pas si absurde et on pourrait sans risque dire que la réponse est probablement oui. Plus exactement, la musculation peut améliorer indirectement la situation économique des femmes. Pas parce que soulever des haltères augmente directement le salaire, mais parce que la force musculaire influence plusieurs déterminants très concrets des revenus, des dépenses et des trajectoires de vie.
La relation entre santé physique, autonomie et situation financière est bien documentée. Or, chez les femmes, la question musculaire est particulièrement stratégique, notamment avec la ménopause puis l’avancée en âge.
À ce propos, jetez-vous sur Douceur de la musculation, le réjouissant manifeste de Martin Page. L’auteur y défend une vision très éloignée des clichés virilistes : pour lui, la musculation est avant tout une pratique d’émancipation, accessible, peu coûteuse, et profondément liée à l’autonomie. Entretenir sa force relève aussi d’une forme de prévoyance. Un corps capable est un corps qui peut agir, travailler, aider, et donc rester libre plus longtemps.
1. La musculation réduit un risque coûteux, l’ostéoporose
Le premier mécanisme est simple : la musculation améliore la densité osseuse et réduit le risque d’ostéoporose. C’est une maladie qui fragilise les os et augmente fortement le risque de fractures. Elle concerne très majoritairement les femmes, et une proportion énorme d’entre nous. En France, on estime qu’environ 3 millions de femmes vivent avec l’ostéoporose. Après 50 ans, près d’une femme sur trois fera une fracture liée à cette maladie au cours de sa vie. Chaque année, on recense environ 430 000 fractures de fragilité en France, dont la majorité chez les femmes. Les fractures de la hanche sont particulièrement lourdes : elles entraînent souvent hospitalisation, perte d’autonomie et parfois incapacité durable à travailler, pour celles qui sont encore actives (et il y a des femmes actives qui souffrent d’ostéoporose).
Or, l’un des moyens les plus efficaces de ralentir la perte osseuse est l’exercice avec résistance — c’est-à-dire la musculation ou le renforcement musculaire. Les charges mécaniques stimulent la formation osseuse. Les recommandations de nombreuses autorités de santé incluent désormais explicitement des exercices de renforcement deux à trois fois par semaine. Prévenir une fracture, c’est évidemment préserver la santé, mais aussi préserver sa capacité de travailler et de générer des revenus. Une fracture grave peut entraîner des mois d’arrêt de travail, voire une sortie définitive du marché du travail. Dans ce contexte, la musculation devient indirectement un facteur de sécurité économique.
2. Une meilleure santé générale signifie moins de dépenses
Deuxième effet : une meilleure santé physique réduit certaines dépenses. Une activité de renforcement musculaire régulière est associée à une réduction du risque de nombreuses pathologies — diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, douleurs chroniques … Toutes ces pathologies ont des coûts, même dans un système de santé relativement protecteur comme celui de la France. Une partie des soins reste à la charge des patients (dépassements d’honoraires, soins paramédicaux, équipements, médecines complémentaires, dispositifs non remboursés).
Avec l’âge, la perte progressive de masse musculaire — appelée sarcopénie — constitue d’ailleurs un facteur majeur de fragilité, de chute et de perte d’autonomie. Le renforcement musculaire est l’un des moyens les plus efficaces pour la ralentir. Quand on a un bon capital santé, on dépense moins pour compenser les effets d’une santé dégradée et la dépendance..
3. La force physique améliore le bien-être mental, qui peut vous permettre de mieux vous consacrer à des activités rémunératrices
La musculation agit également sur la santé mentale. De nombreuses études montrent que l’exercice de résistance peut réduire les symptômes d’anxiété et de dépression. Libération d’endorphines, amélioration du sommeil, sentiment de maîtrise de son corps, progression visible dans le temps : tout ça joue un rôle hyper bénéfique. Or le bien-être psychologique joue un rôle important dans la vie professionnelle. Une personne qui se sent physiquement forte et énergique dispose souvent de davantage de ressources cognitives et émotionnelles pour travailler, prendre des décisions ou gérer des situations complexes.
Je n’adore pas le mot « productivité » — puisqu’il est généralement associé à une mesure quantitative (et sexiste) du travail. Mais il reste vrai que l’énergie physique influence la capacité à mener des projets, à persévérer, ou simplement à affronter des journées de travail exigeantes. Beaucoup de femmes qui commencent un programme de renforcement musculaire décrivent ce même phénomène : un sentiment de puissance qui se répercute dans d’autres dimensions de leur vie.
4. La musculation peut renforcer la confiance dans les négociations
Un autre effet, plus subtil, concerne la négociation. La perception de sa propre puissance physique influence les comportements sociaux. Se sentir fort modifie la posture, la voix, la manière d’occuper l’espace et parfois la propension à défendre ses intérêts. Dans une négociation salariale ou commerciale, ces éléments jouent un rôle non négligeable.
On pourrait dire que la musculation améliore le BATNA (« Best Alternative to a Negotiated Agreement ») psychologique, c’est-à-dire la capacité à refuser une offre jugée insuffisante et donc à influencer favorablement l’issue d’une négociation. Une personne qui se sent plus sûre d’elle aura plus de facilité à poser des limites ou à demander davantage. Il serait exagéré d’affirmer que les muscles font monter les salaires. Mais la confiance corporelle contribue à renforcer la confiance sociale.
5. La musculation réduit la « pénalité ménopausique »
La ménopause constitue un moment important dans la trajectoire de santé des femmes. Les changements hormonaux s’accompagnent souvent de plusieurs transformations physiologiques : perte de masse musculaire, diminution de la densité osseuse, augmentation du risque cardiovasculaire et parfois baisse de l’énergie.
Ces évolutions peuvent avoir un impact indirect sur la carrière professionnelle. On parle aujourd’hui de la « pénalité ménopausique », pour désigner la perte de revenus et d’opportunités professionnelles que certaines femmes subissent au moment de la ménopause : selon une étude britannique, leurs revenus diminuent en moyenne d’environ 4,3 % dans les quatre années suivant un diagnostic, une baisse pouvant atteindre près de 10 % après quatre ans.
Or, la musculation est l’un des outils les plus efficaces pour limiter les effets de ces transformations. L’entraînement en résistance permet de maintenir la masse musculaire, de soutenir le métabolisme et de limiter la perte osseuse.
Beaucoup de femmes s’y mettent. Et vous ?
On observe d’ailleurs une évolution visible dans les salles de sport : les femmes de plus de 40 ou 50 ans sont de plus en plus nombreuses à pratiquer la musculation ou le renforcement musculaire. Longtemps associée à l’image masculine du bodybuilding, cette pratique est aujourd’hui davantage perçue comme un outil de santé et d’autonomie. Elles adoptent progressivement des exercices de force autrefois dominés par les hommes. Ce mouvement s’inscrit dans une transformation plus large : les femmes vivent plus longtemps, sont plus nombreuses par rapport aux hommes, travaillent plus longtemps et cherchent à préserver leur capacité d’action tout au long de leur vie.
Sous cet angle, la question initiale devient moins débile qu’elle n’en a l’air. Faire de la musculation ne rend peut-être pas directement riche, mais elle contribue à préserver ce qui permet de le devenir — ou, au minimum, de rester autonome plus longtemps. Le renforcement musculaire peut coûter quelques dizaines d’euros par mois — un abonnement à une salle, quelques haltères ou un tapis — mais il est aussi possible de s’y mettre gratuitement chez soi avec de simples exercices au poids du corps et des vidéos disponibles sur YouTube. Dans tous les cas, c’est un investissement modeste qui, à long terme, rapporte probablement bien plus qu’il ne coûte.
Et si l’idée que la musculation puisse, d’une manière ou d’une autre, contribuer aussi à votre richesse vous donne un tout petit peu plus de motivation, alors tant mieux, la newsletter n’aura pas servi à rien. Alors, à vos haltères, à vos planches et à vos pompes !


